Faut-il encore attendre pour introduire les allergènes chez un bébé ?

Question d'un parent

Notre pédiatre nous demande d'attendre les 1 an de notre fille avant l'œuf et les fruits à coque. Ma belle-sœur a introduit l'arachide à 5 mois sur les conseils de son allergologue. Les deux semblent sûrs d'eux. Comment savoir qui suit les recommandations actuelles ?

3 min de lectureÀ jour des dernières recommandations

Sourcé auprès de ces organismes français

INPESAnsesSFA (Société Française d'Allergologie)SFP (Société Française de Pédiatrie)Ministère de la Santé

Votre pédiatre vous demande d'attendre 1 an, parfois plus, pour l'œuf, le poisson ou les fruits à coque. Un allergologue, une amie ou un article récent dit l'inverse. Ces deux positions ont réellement existé dans les recommandations françaises, à des périodes différentes. Ce guide retrace cette évolution, avec les sources officielles de chaque époque.

Ce que disaient les repères des années 2000

Ce conseil d'attendre ne sort pas de nulle part. C'était la recommandation officielle française il y a une vingtaine d'années. On la trouvait dans le guide nutrition remis aux parents en 2004.

Le carnet de santé de 2006 affichait la même prudence. Il indiquait que le lait suffisait pendant les six premiers mois. Les consignes les plus strictes visaient les enfants dits à risque d'allergie, ceux qui ont des antécédents d'allergie dans leur famille proche. Le tableau suivant met les repères de cette époque face aux repères actuels.

Ce qui justifie une prudence particulière

Années 2000
Un antécédent allergique chez un parent ou dans la fratrie
Aujourd'hui
Un eczéma sévère ou une allergie déjà connue chez l'enfant

Premières purées d'un enfant à risque

Années 2000
Rien d'autre que le lait avant 6 mois révolus
Aujourd'hui
Entre 4 et 6 mois, comme pour tous les enfants

Œuf, arachide, fruits à coque et poisson

Années 2000
De 6 mois à 3 ans selon l'aliment, encore plus tard si risque d'allergie
Aujourd'hui
Dès 4 à 6 mois pour tous les enfants

Préparation infantile d'un bébé à risque non allaité

Années 2000
Lait HA dit hypoallergénique conseillé
Aujourd'hui
Lait HA non recommandé

Arachide pendant la grossesse et l'allaitement

Années 2000
Éviction pour la mère d'un enfant à risque
Aujourd'hui
Études aux résultats contradictoires

Le risque familial ne change plus le calendrier actuel. Un eczéma sévère ou une allergie alimentaire déjà connue chez l'enfant le changent encore. Dans ces deux situations, parlez-en à votre pédiatre avant de commencer.

D'où venait une telle prudence ?

Dès les années 1970, les médecins observaient une augmentation des allergies de l'enfant. Ils parlaient de « marche allergique » et soupçonnaient un rôle de l'alimentation des premiers mois de vie. Retarder le contact avec les aliments sensibles semblait donc protéger. Dans les années 1960 et 1970, les bébés français goûtaient pourtant leurs premières purées vers l'âge de 3 mois. Le balancier est ensuite reparti dans l'autre sens, jusqu'aux évictions des années 2000.

Les grandes études des années 2000 ont mis cette idée à l'épreuve. Chez plus de 2250 enfants à risque, l'âge de la diversification alimentaire n'a fait aucune différence sur le risque d'allergie, selon une étude allemande. D'autres travaux ont suggéré l'inverse de la doctrine. Prolonger l'éviction du lait, de l'œuf, du poisson ou de l'arachide pourrait augmenter le risque allergique. Pour l'œuf et l'arachide, des études ont ensuite démontré la protection apportée par une introduction précoce.

En 2015, le comité de nutrition de la Société Française de Pédiatrie a repris l'ensemble de ces travaux et actualisé ses repères. Sa conclusion tient en une phrase.

« Rien ne justifie de retarder la diversification au-delà de 6 mois chez les enfants à risque d'allergie, y compris pour les aliments les plus allergisants. »

L'ANSES a suivi en 2019, avec la même ligne pour tous les enfants. Les allergologues français l'ont ensuite déclinée aliment par aliment, avec un calendrier pratique.

Que faire à la prochaine consultation ?

Si votre pédiatre conseille encore d'attendre, deux explications sont possibles. Les repères ont pu évoluer depuis. Une prudence peut aussi rester justifiée pour votre enfant, par exemple en cas d'eczéma sévère ou d'allergie alimentaire déjà connue.

Pour les autres cas, la liste des documents en bas de page montre ce qui a changé entre les deux. Elle peut vous servir de point d'appui pour en discuter sereinement à la prochaine consultation.

Une fois la discussion posée, le passage à la pratique se trouve dans le guide d'introduction des allergènes. Il donne le calendrier aliment par aliment, les quantités et les formes sûres.

Références

  1. inpes2004-09-01
    INPES · agence sanitaire de l'ÉtatLe guide nutrition des enfants et ados pour tous les parents 
    Voir les 13 citations
    • 1.« Après l'âge de 1 an.*** | Après l'âge de 3 ans.*** »
    • 22.« Après 6 mois révolus. | Après 1 an. »
    • 23.« le poisson et les crustacés pas avant l'âge de 1 an »
    • 25.« Pas d'autres aliments que le lait avant 6 mois révolus. »
    • 28.« un enfant peut développer une allergie alimentaire même si personne n'est allergique dans sa famille »
    • 39.« il est fortement recommandé de ne pas la commencer avant 6 mois »
    • 40.« Pas d'autres aliments que le lait avant 4 mois révolus et, idéalement, pas avant 6 mois révolus »
    • 41.« la diversification avant 4mois pouvait entraîner des allergies alimentaires chez tous les enfants »
    • 43.« 1/4 (dur) au 7e mois, 1/3 (dur) du 8e au 11e mois, 1/2 en 2e/3e année »
    • 44.« Le « lait » infantile utilisé doit être de préférence une préparation hypoallergénique (HA), pendant au moins 6 mois. »
    • 45.« Ils sont conseillés pour les enfants ayant un terrain allergique »
    • 49.« Il faut éviter tout aliment contenant de l'arachide »
    • 50.« Il faut éviter de consommer tout aliment contenant de l'arachide »
  2. anses2019-06-25
    Anses · agence sanitaire de l'ÉtatAVIS de l'Anses relatif à l'actualisation des repères alimentaires du PNNS - Jeunes enfants (0-3 ans) 
    Voir les 4 citations
    • 2.« recommande ainsi de débuter la diversification alimentaire entre 4 et 6 mois »
    • 3.« il recommande d'introduire sans tarder les allergènes alimentaires majeurs »
    • 4.« que l'enfant soit à risque d'allergie (du fait de son histoire familiale) ou non »
    • 35.« l'âge de diversification alimentaire recommandé qui se situe à présent entre 4 et 6 mois »
  3. sfa2025-02-03
    SFA (Société Française d'Allergologie) · société savantePrevention primaire allergies alimentaires RFA 2022.pdf 
    Voir les 30 citations
    • 5.« food allergens with high allergic risk such as peanuts and nuts if consumed by family »
    • 6.« introduire précocement et largement des allergènes dans l'alimentation de l'enfant, selon les habitudes »
    • 7.« fenêtre d'opportunité, autour de 4 à 6 mois pour induire cette tolérance alimentaire »
    • 8.« que l'enfant soit ou non à haut risque atopique »
    • 9.« recommandent maintenant l'introduction des aliments solides à partir de quatre à six mois chez tous les nourrissons »
    • 10.« Diversification alimentaire précoce pour tous les enfants, atopiques ou non »
    • 11.« lait et produits laitiers dont yaourts »
    • 16.« l'introduction tardive de l'œuf était associée à un risque accru d'allergie à l'œuf »
    • 17.« diminution du risque d'allergie à l'œuf de 78 % »
    • 18.« diminue de fac ¸ on significative la survenue d'une allergie à l'arachide »
    • 19.« réduction du risque relatif de 86 % »
    • 20.« la persistance de l'acquisition précoce de la tolérance à l'arachide »
    • 26.« Le risque atopique est classiquement défini par l'existence d'au moins un antécédent familial d'atopie »
    • 27.« Le risque de développer une atopie est de 10 à 15 % chez les enfants sans antécédents atopiques »
    • 30.« proposer les mesures de prévention à tous les enfants à naître, quels que soient leurs antécédents familiaux »
    • 31.« appliquer ces mesures de prévention précoce à tous les nourrissons, atopiques ou non »
    • 32.« l'étude LEAP (arachide) ou de l'étude PETIT (œuf) qui concernaient des nourrissons à très haut risque atopique »
    • 33.« nous recommandons de faire en consultation des prick-tests »
    • 34.« une prise en charge allergologique spécifique est nécessaire pour évaluer le risque allergique »
    • 36.« À débuter entre l'âge de 4 et 6 mois »
    • 46.« Les laits à hydrolyse partielle, dit laits HA (pour laits hypoallergéniques), n'ont pas d'effets protecteurs »
    • 47.« ne sont plus recommandés par les différentes sociétés savantes »
    • 48.« Éviter les laits HA qui n'ont pas fait leur preuve »
    • 58.« 1 cuillère à café rase 5 fois par semaine de ce mélange pour consommer approximativement 2 grammes de protéines »
    • 59.« 4 fois par semaine à partir de l'âge de 5 mois »
    • 60.« sensibilisation/allergie aux FAC ou de réticence des parents à l'idée d'introduire en même temps l'arachide et les FAC »
    • 61.« consommation de minimum 2 g par semaine de protéines d'arachide ou de blanc d'œuf est nécessaire pour protéger »
    • 62.« l'arachide doit être introduite, comme l'œuf cuit chez tous les enfants, dès 4 et 6 mois »
    • 63.« 2 grammes par semaine de protéines d'œuf et d'arachide »
    • 64.« il est recommandé d'introduire directement à la maison »
  4. sfp2015-01-01
    SFP (Société Française de Pédiatrie) · société savanteDiversification alimentaire : évolution des concepts et recommandations 
    Voir les 14 citations
    • 12.« l'augmentation possible du risque d'eczéma ou d'allergies lorsque la diversification est retardée »
    • 13.« proposer l'existence d'une « fenêtre d'opportunité » (pas avant 4 mois, pas après 6 mois) »
    • 14.« rien ne justifie de retarder au-delà de l'âge de 6 mois la diversification alimentaire »
    • 15.« le lait, les laitages, le poisson ou les œufs »
    • 21.« l'introduction précoce (entre 4 et 11 mois) de petites quantités d'arachide chez des enfants à risque »
    • 29.« 25 % a 30 % des nouveau-ne »
    • 42.« la diversification ne doit pas être débutée avant l'âge de 4 mois, en raison du risque d'allergie »
    • 51.« risque accru d'allergie à l'arachide chez l'enfant lorsque la mère consommait de l'arachide pendant la grossesse »
    • 52.« d'autres publications plus récentes ont montré le contraire »
    • 53.« la description de la « marche allergique » »
    • 54.« la diversification alimentaire débutait en France vers l'âge de 3 mois »
    • 55.« sevrage de plus en plus précoce, intégration plus rapide des nourrissons dans la vie en collectivité »
    • 56.« German Infant Nutritional Intervention (GINI) réalisée chez plus de 2250 enfants à risque d'allergie »
    • 57.« l'âge de la diversification n'influençait pas l'apparition de manifestations allergiques »
  5. ministere-sante2006-01-01
    Ministère de la Santé · agence sanitaire de l'ÉtatCarnet de santé de l'enfant 
    Voir la citation
    • 24.« n'a pas besoin d'autres aliments que le lait »
  6. anses2016-09-27
    Anses · agence sanitaire de l'ÉtatERCA2010SA0317Ra.pdf 
    Voir les 2 citations
    • 37.« recommandée par le programme national nutrition santé (PNNS 2004) à 6 mois dans l'idéal et jamais avant 4 mois »
    • 38.« commencer la diversification alimentaire à partir de 6 mois de façon optimale »

Cette réponse est informative et ne remplace pas un avis médical. Pour toute décision concernant la santé de votre enfant, consultez votre pédiatre.